Vendredi 23 janvier 2009 5 23 /01 /Jan /2009 16:34

Emmanuel Lincot est spécialiste d'histoire culturelle contemporaine chinoises. Il dirige la Chaire des Etudes Chinoises Contemporaines à l'Institut Catholique de Paris. Son dernier livre, "Regard sur la Chine" est paru chez You Feng en novembre 2008. Il animera plusieurs débats pendant le festival (les 31/01 et 01 et 02/02) et nous en dit plus sur neuf de ses films préférés projetés du 28 janvier au 3 février au cinéma Le Lincoln dans le cadre de La chine s'éveille.

Rêves de piano – Han Junqian

« Si je me retourne, je ne trouverai pas la paix » : bouleversant, ce film nous montre la pugnacité d’une mère pour élever son enfant, jeune prodige maîtrisant l’art du piano. Proscrite, il y a moins de quarante ans, pour cause de Révolution culturelle, l’étude du piano est indissociable dans les tentatives de promouvoir une culture élitiste en Chine contemporaine. Le savoir mais aussi le don de soi s’inscrivent dans une réhabilitation des valeurs confucéennes. Elles entrent parfois en tension avec une modernité d’abord caractérisée par le souci de la performance mais aussi la quête d’une réalisation spirituelle et esthétique.

D’un patient à l’autre – Zhang Wenqing

Terre jaune : telle est la Chine du nord-ouest dont la beauté austère inspira plus d’un artiste.

« D’un patient à l’autre » est d’une grande poésie. Nous y suivons un médecin d’une rare bonté. Dans l’intimité des paysans du Shaanxi, se dévoile la sage pratique du Rujia, cet homme de bon sens que louent les Classiques de la tradition chinoise. Avec lui, nous découvrons les habitats troglodytes aménagés dans les collines de loess, et les scènes de funérailles poignantes d’un monde rural qui est entrain de disparaître… Nous avons là l’œuvre d’un grand cinéaste qui n’est pas sans évoquer Biquefarre de Georges Rouquier.

Trois cordes pour deux conteurs – Zhang Wenqing

C’est la vie d’un couple de conteurs qui s’entredéchire et dont la vie est à l’image des difficultés que subit leur région : crise économique et progression tragique du désert de Gobi. Le cinéaste Zhang Wenqing s’est fait ethnographe. Il brosse fidèlement le portrait des paysans des régions du Fleuve Jaune. Il nous livre également un recueil d’histoires et de chants d’une admirable diversité qui nous offrent comme une bouffée de passé, mieux, nous apportent, miraculeusement préservés, des pans entiers d’un monde, et d’un mode de colportage littéraire, voués à disparaître.

La dernière migration – Zhang Yan  et Huang Lingping

Ce film nous conduit au Jiangnan, dans la région méridionale et karstique du Guangxi. L’une des plus pauvres du pays, le Guangxi est constitué d’une mosaïque de peuples. Les Yao sont ici filmés. Ayant longtemps privilégié la culture sur brûlis, ils sont encouragés par les autorités Han à se sédentariser. Ce changement conduit les Yao à décider de nouvelles formes de sociabilité. Elles sont soumises à un vote. Comme l’avait montré le sociologue Fei Xiaotong pour la province limitrophe du Yunnan, la pratique de la démocratie villageoise en gère le principe. 

 

 

Les diplômés - Gao Song

« Xia hai ! » ou l’art de se jeter à l’eau. Pour des millions de jeunes diplômés du Sichuan et d’ailleurs, la recherche d’un emploi commence à l’été. Déboires et désillusions les attendent. La société est dure pour ce prolétariat d’intellectuels chaque année plus nombreux. Réalisé en 2004 par Gao Song, ce film est prémonitoire des difficultés qu’accentue la crise financière actuelle pour une génération que l’Université ne prépare guère aux mutations sociales de la Chine.

Le nouvel abri – Zhang Xiaolei et Li Lin

Province du Guangdong : des inondations détruisent des milliers de villages. Les cinéastes suivent le destin d’une famille tiraillée entre un égoïsme de survie et une solidarité villageoise qui l’emporte. Ce film nous montre les différents acteurs d’une société qui n’est plus sous l’emprise du seul Etat-Parti. Des mécènes, des ONG concourent auprès des populations sinistrées et montrent leurs talents d’improvisation. Un documentaire exceptionnel qui est aussi un démenti sur la prétendue inexistence d’une société civile en Chine.

Une saison comme une autre – Zhang Wenqing

Province aride et rurale du Ningxia à majorité Hui. Ce film nous raconte l’histoire de saisonniers musulmans vendant leur force de travail à des exploitations voisines. Leur avenir est incertain. Face à la mécanisation des pratiques agricoles, l’éducation des enfants semble être le seul avenir. Mais les études ont un prix. Dilemme pour une société menacée mais fière de ses traditions.

La grande famille – Lingping Huang

Nous sommes au Jiangnan, dans le sud de la Chine. Vie âpre d’une famille soumise à l’autorité du patriarcat et tiraillements. La grande famille pourrait être l’adaptation moderne du Rêve dans le Pavillon Rouge, célèbre roman chinois de la période impériale et métaphore d’une décomposition des relations entre les différentes générations vivant sous un même toit.

Nu Shu – Yue Qing Yang

Culture de femmes… Au sein de la minorité ethnique des Yao dans la province du Hunan, s’est développé jusqu’à la Révolution Culturelle un système d’écriture dérivé des pictogrammes chinois. Moyen de communication cryptée, talisman de survie en une société patriarcale où le pouvoir des hommes et la morale néo-confucéenne contraignait des millions de femmes, le Nu Shu eut pour support des mouchoirs, des éventails et des broderies ; il établit une contre-culture et une société de langage exclusivement féminine.

                                                                                                          - Emmanuel Lincot -

 

 



Publié dans : Ils nous parlent du festival
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